Manager sans émotions : le mythe d’un professionnalisme sans corps

Management & leadership

« Moi, mes émotions, je les laisse à la porte le matin. »

C’est ce qu’un DRH m’a lancé un jour, avec un aplomb qui forçait le respect. Sur le moment, je l’ai cru. Pire : j’ai douté de moi. Je me suis demandé pourquoi, malgré tous mes efforts, je n’y arrivais pas. Pourquoi je continuais de ressentir cette pression dans ma poitrine ou cet agacement dans ma voix alors que j'avais "décidé" d'être purement professionnelle.

Avec le recul, j’ai compris. Ce DRH ne laissait rien à la porte. Il faisait semblant. Il portait une armure, mais son corps, lui, continuait de parler.

L’impossibilité biologique (ou pourquoi vos poumons ne restent pas sur le parking)

J'ai longtemps cherché à comprendre pourquoi cette injonction au "professionnalisme froid" me semblait si lourde. La réponse est physique : demander à quelqu’un de laisser ses émotions à la porte, c’est comme lui demander de déposer ses poumons sur le parking avant d’entrer.

Les émotions ne sont pas des accessoires. Elles constituent le système d'exploitation de notre corps. Elles naissent dans notre cerveau en réaction à nos besoins et nos désirs, circulent dans notre sang, influencent notre respiration, notre rythme cardiaque et notre tension musculaire.

Les neurosciences nous confirment qu’on ne peut pas décider sans ressentir, que l'on en soit conscient ou non. L’émotion est le poids qui fait pencher la balance. Chercher à les couper, c’est simplement décider de piloter à l’aveugle, sans être maître de ses choix. Par exemple, c’est laisser "Anxiété" prendre les commandes du tableau de bord intérieur, comme dans le film Vice-Versa 2.

Le paradoxe du conflit : le silence avant l'explosion

Dans beaucoup d’organisations, le vécu est paradoxal. On prétend que les émotions n’ont pas leur place : décors austères, uniformes bleu marine, silence de plomb. Mais l’absence d’émotions affichées, c’est aussi l’absence de joie.

Pourtant, dès qu’un désaccord pointe le bout de son nez, elles envahissent tout. La colère, la peur et les non-dits deviennent les seuls maîtres à bord. C’est au choix : guerre déclarée ou guerre froide.

Ce n'est pas que les émotions apparaissent soudainement. C’est qu’en les niant derrière une "poker face", on leur a interdit d'être traitées. Or, comme le disait C.G. Jung : « Tout ce à quoi on résiste, persiste. ». L’émotion refoulée se transforme en frustration, en fatigue chronique ou en rigidité relationnelle, jusqu’au moment où le vase déborde.

Pour les sceptiques, regardez bien : les émotions sont partout. Dans l'agressivité d'un mail, dans un regard fuyant ou dans un silence violent qui en dit long.

Se connaître pour mieux rencontrer l’autre

Une émotion n’est pas un problème : c’est une source d’information qui facilite l’action et aide à la décision.

  • La colère parle souvent d’une limite non respectée ou d’un sentiment d’injustice.
  • La peur signale un danger, réel ou imaginaire (syndrome de l’imposteur, crainte d’être incompris).
En changeant de posture — en passant du "Je ne veux pas ressentir ça" au "Qu’est-ce que ce ressenti me dit de la situation ?" — j’ai arrêté d’être en lutte. Je suis devenue actrice de mes choix.

C’est là que le vrai basculement s’opère pour un manager. Reconnaître ses propres émotions, c’est apprendre à identifier le besoin derrière chacune d’elles. L’enjeu pour les leaders est aussi d'accueillir les émotions des autres.

Un leader qui fuit sa propre vulnérabilité aura du mal à créer la sécurité nécessaire à son équipe et à obtenir sa confiance.

Faire de l'émotion une alliée de la relation

Contrairement à ce que je pensais face à ce DRH, les émotions ne détruisent pas la relation. Ce qui l'abîme, c'est de les nier, de les projeter sur l'autre ou de les exprimer sans filtre.

La bonne nouvelle, c'est que cette lecture des émotions s'apprend. Ce n'est pas un don, c'est une pratique. Tout l'enjeu est de cesser d'en faire des parasites pour en faire des alliées de notre lucidité et de notre leadership.

C’est précisément cette posture que je porte aujourd'hui en tant que coach. Je rentre entière : je ressens, j’écoute, je partage et j’ ajuste. Ce n'est pas toujours confortable, mais c'est infiniment plus juste, pour moi comme pour mes clients, qui s’autorisent à leur tour à accueillir leur humanité.

J'accompagne celles et ceux qui veulent offrir la meilleure version d’eux-mêmes en choisissant de vivre avec leurs émotions plutôt que contre elles.

Nous cherchons souvent des alliés à l’extérieur, alors que nous oublions le premier d'entre eux : notre corps.

Apprendre à réguler ses émotions, c’est choisir la qualité du pas que l’on fait vers l’autre. C’est, selon moi, l’une des plus belles manières d’incarner un leadership vivant.

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